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  • Photo du rédacteurHervé Boechat

Pour des agences de com’ responsables

Le journal Le Temps a publié hier un Grand Angle du journaliste Arnaud Robert intitulé « Ce que la vie de Rosius Fleuranvil dit de l’aide humanitaire ». Cet article décortique l’histoire qui se cache derrière le portrait d’un homme, affiché dans le cadre d’une campagne publicitaire de la Croix-Rouge.

Le journaliste, emporté par le désir de savoir qui est l’homme sur l’affiche, s’embarque dans une enquête minutieuse qui l’emmène d’Haïti jusque dans les méandres de la « communication humanitaire ». Cet exercice journalistique en dit long sur les ressorts d’une campagne de communication qui, bien qu’au bénéfice d’une organisation dont la noblesse est reconnue, se prend plusieurs fois les pieds dans le tapis et ne résiste ainsi pas longtemps à l’analyse critique.


Si je reviens ici sur cette brillante contribution, c’est parce que depuis quelques jours, je me fais la même réflexion à propos de la campagne d’affichage du comité soutenant le oui à l’initiative « multinationales responsables ». Cette affiche, et ses différentes déclinaisons numériques, présentent, plein cadre, une enfant au regard triste, la moque au nez, sur un fonds où l’on peut deviner une exploitation minière, possiblement en Amérique du Sud.

Croiser ce regard quotidiennement sur les quais de gare me révolte profondément, et ce à plus d’un titre : pourquoi est-il toujours absolument nécessaire, voire inévitable, d’utiliser une image d’enfant pour susciter une possible adhésion à n’importe quel message, qu’il soit publicitaire, humanitaire ou politique ? En quoi cette image est-elle susceptible de nourrir le débat politique suisse en question ? Le message des initiants est-il aussi simpliste que « les multinationales empoisonnent les enfants » ? Est-ce que la combinaison du texte « enfant empoisonné » et de la photo veut nous faire comprendre que cet enfant-là est elle-même empoisonnée, et que mon vote va la venger, la sauver, ou l’aider d’une manière quelconque ? Et de la même manière que l’a fait le journaliste du Temps, qui peut bien savoir qui est cet enfant, où vit-elle, est-elle concernée par les conséquences sanitaires d’exploitations minières irrespectueuses des droits humains ? On en serait presque à imaginer que cela soit le cas, histoire que notre propre malaise n’ait pas été dupé une fois de plus.


L’article 16 de la Convention relative aux droits de l’enfant déclare pourtant que nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation, et que l’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. Le droit à l’image fait naturellement partie de cette protection. Est-ce que cette petite fille sait que ses grands yeux tristes sont sensés émouvoir toute la Suisse ? A-t-elle donné son accord ? Touche-t-elle-même des droits sur la diffusion de son image ?


D’une manière plus générale, force est de constater que l’exploitation (car s’en est une également) de l’image de l’enfant reste une « valeur sûre » du monde de la communication, vecteur puissant d’émotion et donc générateur de retombées. Si les droits de l’enfant tracent peu à peu leur chemin à l’école ou dans les domaines de la protection de l’enfance, il serait temps que le monde de la com’ s’y intéresse également.

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